Les sous dans la sacoche
De Territoires Sonores.
Informations sur le document
Date : 18/04/09
Durée : 5 min 05
Georges Cougard, facteur remplaçant à la poste de Crozon entre 1965 et 1969, nous raconte son métier. En uniforme, à mobylette, sur les petits chemins de traverse du cap...
Réalisation et prise de son : Annabel
Mixage : Matthieu
Matériel : Zoom H2
Logiciel de montage : Tracktion
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Retranscription
C'était en 65 que j'ai commencé La Poste. Donc j'suis né en 44, j'avais 21 ans. On appelait pas ça remplaçant, c'était auxiliaire PTT, et on avait le droit à une tenue de facteur comme les autres. Vous étiez combien de facteurs ? Sept, sept facteurs pour faire Crozon, Le Fret, Saint-Fiacre, Tal ar Groas, et une partie des villages, une partie de Lanvéoc. J'peux vous dire combien je touchais, j'ai ammené mon bulletin de salaire : Georges Cougar, 28 décembre 65, c'était mon deuxième bulletin de salaire, ben j'avais 446 francs.
A l'époque on avait plus de contact avec la population surement que maintenant. Maintenant on met dans la boîte à lettres, c'est fini. A l'époque y'avait pas vraiment, à la campagne ici, y'avait pas de boîtes à lettres, hein. Y'avait que du courrier des enfants, la plupart du temps c'était du courrier des enfants qui étaient partis travailler ailleurs et qui écrivaient, euh, à l'époque on envoyait du courrier toutes les semaines, c'était pas rare, hein.
Je parlais tout à l'heure que moi je connaissais pas le breton. Jean Moal (le facteur titulaire) lui connaissait le breton. Eh ben je sais que dans certains villages, notamment à Kerglintin, il y avait une dame qui ne parlait pas français. Quand elle recevait des courriers, c'était en français et c'est Jean Moal qui lui traduisait les lettres.
Tromel, Kertanguy, Kerabars.
Il y avait quand même une particularité, c'était à Rostudel par exemple, j'venais, je crois pas que j'ai jamais été distribuer une lettre dans l'village. Tout se donnait dans la grange. C'est là où les vieux se retrouvaient, y passaient la journée assis sur un banc à discuter de leur vie, sans doute, ou bien de c'qu'ils avaient fait. Et c'est là qu'on donnait le courrier.
A l'époque il n'y avait pas d'compte bancaire, tous ces vieux-là ils avaient une petite pension, donc la p'tite pension était payée tous les mois. Et la plupart de ces gens, c'était une pension de l'ENIM qu'ils avaient, la sécurité sociale de la pêche. Les pensions étaient évidemment payées en liquide. On partait de la Poste avec les sous dans la sacoche. On ne partait pas avec toutes les pensions le même jour, hein, mais on partait quand même à l'époque, moi je vous parle en anciens francs, hein, on partait avec un million cinq ou deux millions. Et puis c'était, en général ça se faisait en deux-trois jours. Rostudel c'était tout payé le même jour. C'était jamais payé au destinataire. C'était toujours payé à quelqu'un qui était dans la grange, à l'entrée, on lui donnait les sous globalement pour tous les gens du village et c'est lui qui faisait le partage. Y'avait énormément d'homonymes, des Jean Ménesguen ou des Pierre Drévillon y devait y en avoir trois ou quatre dans le village à chaque fois. Si vous ne connaissiez pas le numéro de la pension du bénéficiaire, vous saviez pas à qui c'était.
Jean Moal m'avait dit que quand il était arrivé à Crozon, c'était en 46 ou en 47, il avait distribué, j'crois bien que c'étaient les premières élections après la guerre, il avait du distribuer 102 cartes d'électeurs au village de Rostudel. Au village de Rostudel ! Ca vous laisse imaginer combien d'habitants il y avait, parce que fallait compter deux ou trois enfants, euh, trois ou quatre enfants par famille, donc ça faisait quand même du monde. A l'époque, vous voyez la taille des maisons d'ici, hein, c'est pas des grandes maisons en général, excepté les maisons qu'on a construit depuis, mais les autres, les petits penty là mais ils vivaient là-dedans les parents, les enfants, les grands-parents, quand il n'y avait pas les arrières grands-parents quand ils vivaient encore. Mais il y avait au moins trois générations dans une maison quoi. Et tout le monde vivait là dans deux pièces ou dans trois pièces. Mais euh, j'crois qu'tout le monde était heureux.
Montourgard, Kerdreux, Saint-Hernot, cap de la Chèvre.
Y'avait pas d'téléphone. Il y avait une cabine ici à Saint-Hernot, là au bistrot aujourd'hui il y avait une cabine publique et c'était le seul téléphone qu'il y avait à Saint-Hernot à l'époque. Il n'y avait pas du tout au cap de la Chèvre, à Dinan y avait une autre cabine téléphonique, c'est même pas à Dinan, c'était à Kerguillé qu'y avait chez Ledu, y'avait une cabine ici à Saint-Hernot et après fallait aller à Morgat, y'avait pas d'autre téléphone. D'eau il était pas question, y'avait pas d'eau non plus, hein. Y'avait pas d'aduction d'eau encore.
Kerroux, Keravel, Kergonan, Saint-Norgard, Ménesguen.
On rendait un certain nombre de petits services, « tu peux pas passer à la pharmacie, ou me ramener ceci ou me ramener cela », bon, ça se faisait.
Je sais que y'a un de mes collègues facteur qu'était plus âgé que moi qui avait du mal à classer son courrier, et quand il arrivait dans un village il allait, j'vous donne un exemple, mais il allait à la dernière maison, il revenait à la première, il partait à la cinquième, il revenait, alors ils l'appelaient le facteur fou... Y'avait celui de Tal ar Groas qui m'avait raconté qu'un jour il avait été poursuivi par un sanglier il avait fallu qu'il monte dans l'arbre, personne ne le croyait à la Poste mais (rire) lui il était content parce qu'il racontait son histoire, c'était, y'avait des personnages à l'époque ! Il avait une technique, lui, pour distribuer le courrier sur Tal ar Groas, il distribuait une partie à l'école. Aux enfants ? Oui. Pour les parents ? Aux enfants qui amenaient ça aux parents le soir. Il gagnait du temps. Il n'y a jamais eu de réclamation (rire).
Moi, mes meilleurs souvenirs de boulot, c'est à la Poste... C'est à la Poste (rire).
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